Food for mind : science & création, le grand chamboule tout

22 septembre 2017 par odile polette

Le 28 Juin dernier à Paris s'est déroulée la Journée de la Beauté CEW, moment riche et inspirant de partage de connaissances, tendances et compétences.

Parmi les thématiques clés abordées, j'ai eu le plaisir d'organiser et animer celle consacrée à la Science et Création et demandé à des experts reconnus d'intervenir sur les grandes découvertes qui allaient influer le futur.

A découvrir sans modération en cette rentrée : les perspectives sont infinies et dépassent largement le cadre de la cosmétique ! Elles vont aussi impacter la société et les individus, donc vous.

Pourquoi ce thème, pas forcément le plus facile a priori? Je pense que la Science est « au cœur du réacteur », à la source du produit. Les révolutions scientifiques sont telles qu'on ne peut plus travailler en silo : finis les messages top down Recherche/Marketing. D'une ampleur folle, à une vitesse phénoménale, elles changent l’appréhension du monde, de la vie, vont impacter les développements des marques et des produits. Et surtout elles donnent du Sens : une valeur essentielle pour une marque (même si parfois on la cherche...) et une attente croissante des consommateurs. Ici on est au cœur de la création, bousculée par un vrai chamboule tout : nouvelles façons de parler de la peau, de ses fonctionnalités, de sa santé, de la segmenter, de concevoir les produits… tous les départements sont impliqués, Recherche, Marketing, Communication, Training, RSE, et ont besoin de clés pour transmettre ces révolutions et les marketer avec sens et cohérence.

Elever le débat en abordant ce thème m'a donc paru une évidence pour cette Journée de la Beauté CEW consacrée à l'innovation et aux émotions. Mes invités nous ont aidés à comprendre ces révolutions et leur impact sur l’industrie cosmétique. Une façon passionnante de prendre de la hauteur et de s'ouvrir l'esprit. Food for mind...

  1. Un regard sociétal pour une nouvelle lecture du monde qui nous entoure, avec le décryptage de 3 grandes tendances scientifiques, par Marie Alice Dibon, Dr en pharmacie, spécialisée dans la stratégie, la communication et l’innovation dans les sciences de la vie (Alice Communication, basée dans le Nevada). Elle a sélectionné parmi d'autres 3 courants majeurs et nous a rendus accessibles les grandes lignes :
  • Epigénétique. C'est quoi ? Ce qu'il se passe au dessus du code génétique : les changements vertueux ou délétères imprimés sur nos gènes par nos expériences de vie. Tout ce que nous faisons a des conséquences épigénétiques. Nous héritons de ces changements, nous pouvons les modifier et nous les transmettons. Ce sont les petites rides imprimées par la vie sur notre ADN, par toutes les vies d'avant. La mémoire de l'humanité est ainsi cachée au coeur de nos cellules. Cela change quoi ? C'est la mort de la théorie du déterminisme : on peut transformer la lecture de notre héritage génétique par notre mode de vie, c'est la récompense de nos comportements vertueux, la rédemption de nos pêchés passés, en un mot c'est l'espoir ! Une façon différente de nous connaitre, de voir la vie, de nous inscrire dans un autre récit narratif... Les applications sont infinies : en médecine, la diplomatie cellulaire avec des traitements plus ciblés et donc moins agressifs. Dans la beauté, cartographier la peau, établir une carte épigénétique d’un individu, quantifier son âge cellulaire, imaginer des traitements nouveaux qui empêchent ou effacent les traces epigénétiques responsables du vieillissement, des ingrédients qui préviennent le blocage de gènes essentiels pour le bon fonctionnement d’une belle peau, ou qui inversent ces changements. 
  • Microbiote. Un mot qu’on commence à voir souvent, mais la confusion règne, microbiote, microbiome, microflore et on en fait quoi ? Les bactéries ont toujours fait peur, maintenant ce sont nos amies ? Un monde fascinant ... Le microbiome est l'ensemble des gènes bactériens présents sur notre corps : 100 à 200 fois plus important que le génome, 2 à 3 fois plus de cellules microbiennes qu'humaines sur notre corps, donc les bactéries c'est nous ! Ces microbes acquis à la naissance nous sont uniques, comme nos empreintes digitales. Ce sont des populations multiples qui interagissent toute la journée avec les cellules humaines, le corps ne peut fonctionner sans elles et leur perturbation cause des maladies graves. Nous sommes donc une constellation d'écosystèmes qui chuchotent et collaborent. Les implications ? Enormes ! Vision du monde, de l'hygiène, de la santé, agriculture et pesticides... En cosmétique, il s'agit de repenser l’hygiène et les soins, intégrer les bonnes bactéries dans les produits, rendre la peau plus accueillante pour ces microbes.
  • Biologie synthétique : une fantastique accélération de quelque chose qui existe depuis presque toujours, la biotechnologie. On sait aujourd’hui copier des gènes mais aussi fabriquer des cellules de synthèse en utilisant des principes de biologie et d’ingénierie réunis. Avec les CRISPR/Cas9 (2012), véritables ciseaux génétiques permettant de supprimer, modifier ou ajouter des gènes à la demande, le vivant devient manipulable à volonté; c'est l'émergence de l'ingénierie du vivant. Les applications ? Vertigineuses : outils de diagnostic et traitements ultra précis, bactéries qui auraient la fonction que l’on veut (ex. bactéries dépolluantes, bactéries médicaments, bactéries détecteurs de cancer, bactéries lumineuses pour éclairer) nouveaux matériaux etc. Alors, peur de l'eugénisme, peut être ... mais aussi formidable espoir d'un monde durable où faim et maladies sont maitrisées. Dans la Beauté : le durable à l'infini avec les extraits de plantes sans les plantes, des bactéries créées pour nettoyer, réguler, stimuler, en maitrisant le site, le temps et les limites d'action, produire des actifs in situ.

        2 . Une visite du premier laboratoire pharmaceutique au monde : la peau, avec "l'univers cell", une             cellule émotionnelle encore pleine de resssources, par Gérard Redziniak, Conseil scientifique en             dermo-cosmétologie.

          On croyait tout connaître sur la peau, 2000 milliards de cellules, à la fois enveloppe, barrière, lieu             d'échanges, qui nous protège de l'exposome (l'environnement), mais les pouvoirs des                               kératinocytes sont tels qu'on en découvre tous les jours : des cellules multisensorielles et                         émotionnelles grâce à leurs récepteurs, et autant de pistes d'innovations à venir.

  • Elles goûtent grâce à leurs récepteurs, les lectines, qui adorent le sucre d'autant plus qu'elles vieillissent.
  • Elles sentent, grâce à leurs petits nez moléculaires à leur surface (ex : vanilline et poivre : chaud, menthol : froid)
  • Elles ressentent : leurs récepteurs thermiques détectent les différences de température, des récepteurs à la "zénitude" fabriquent des endorphines : comme une méditation moléculaire au niveau cellulaire !
  • Elles entendent avec des récepteurs auditifs, et le son rend la peau plus belle...
  • Elles voient : la peau est une rétine primitive, elle détecte les lumières vertes, bleues, rouges et l'intensité lumineuse. Les impacts couleurs ? Verte : anti tâche, bleue (peut tacher mais anti bactérien), rouge : cicatrise. Il faut toujours trouver le bon équilibre, c’est la dose qui fait le poison.

          La peau sait faire toutes les molécules de beauté. Demain ? On va vers une cosmétique                           quantique par l’intermédiaire des photons (des molécules posées sur la peau feront de la lumière             pour la traiter : anti-âge, dépigmenter, purifier), une cosmétique olfactive via les molécules actives           odorantes qui agiront à la fois sur le cerveau et sur l'équilibre de la peau pour la rendre plus belle,           une cosmétique biologique et personnalisée via des molécules glycosylées qui cibleront les                     cellules qui en ont le plus besoin...

 

Des interventions tellement riches sur cette thématique Scientifique ... qu'en retenir ? Elles ont levé le voile pour beaucoup d'entre nous sur un monde fascinant; j'en retiens le formidable espoir que soulève ce champ des possibles infini pour la société, notre vie, notre industrie. L'ampleur et la vitesse des découvertes justifient qu'à notre modeste niveau de professionnels de la cosmétique, nous nous posions plus souvent pour partager avec tous les départements concernés une réflexion sur ces nouveaux paradigmes et le sens que nous souhaitons donner à nos marques, nos produits, notre façon de communiquer.

Odile Polette-Compain - BEAUTY STORIES- septembre 2017